Luaine Fairy's Creations

Tome I — La Veuve des Brumes

Retranscrit à partir des souvenirs contradictoires de l'équipage.

Avant les tempêtes, avant les monstres et avant que les poissons ne disparaissent, il y avait la Veuve des Brumes et son équipage improbable.
Chronique 1 - Un navire presque respectable

La Veuve des Brumes n’était pas le plus impressionnant des navires.

Sa coque grinçait comme un vieux squelette sous le poids des années, et une odeur de goudron, de sel et de soupe douteuse flottait en permanence dans l’air humide. Ses rambardes penchaient légèrement vers bâbord, et la moitié de l’équipage jurait que le pont principal avait “ses humeurs”.

Mais elle flottait.

Et pour des pirates ayant traversé des ports oubliés, des tempêtes noires et trois mutineries particulièrement ridicules…c’était déjà beaucoup.

Le capitaine Edern Vane était un homme bourru, ronchon, incapable de retrouver correctement ses cartes marines plus de deux jours d’affilée. Il avait perdu son œil gauche dans une bagarre de taverne au Havre – Creux, mais prétendait encore aujourd’hui que c’était “à cause d’un kraken”. Jusque là personne n’avait jamais osé le contredire.

Son second, Milo Rook, passait donc une bonne partie de ses journées à éviter que l’équipage ne termine accidentellement dans un récif… ou dans un port ennemi. Ce qui, honnêtement, relevait déjà de l’exploit.

Dans la cuisine du bord, Toma Trois-Doigts remuait une soupe dont personne ne voulait connaître les ingrédients. Elle avait déjà bougé toute seule la veille.

— Si ça recommence, j’la jette, grogna-t-il.

— Ça a déjà bougé hier, répondit Milo sans lever les yeux de ses cartes.

— Alors elle est encore bonne.

Au-dessus d’eux, le jeune Nils écrivait discrètement dans son carnet :

“Jour 19.

Je crois que l’équipage de la Veuve des Brumes est composé exclusivement de fous.

Et je suis presque certain que la soupe est vivante.”

Un rire éclata quelque part sur le pont. La coque craqua doucement sous les vagues. Rien d’inhabituel.

Enfin…c’est ce que tout le monde pensait encore.

La brume s’épaississait lentement, étouffant les étoiles une à une.

Et quelque part, sous l’eau…quelque chose remua

Le Dîner : Une Symphonie de Rires et de Morve

La soupe de Toma Trois-Doigts fut servie dans des bols ébréchés, sous les regards méfiants de l’équipage. Elle avait la couleur d’un coucher de soleil après une bataille navale et une texture… intéressante.

— C’est quoi, le truc vert ? demanda Nils en piochant dedans avec sa cuillère comme s’il désamorçait une bombe.

— Du persil, mentit Toma sans sourciller. Ou alors c’est la moisissure du pain de la semaine dernière. Faut pas poser de questions, moussaillon.

— J’ai déjà mangé pire, déclara Edern en avalant une gorgée de rhum pour faire passer. En prison.

Milo, lui, avait sorti un carnet et notait discrètement :

« Jour 19 (suite) : La soupe bouge. Je crois que c’est un signe. Soit on va tous mourir, soit Toma a enfin trouvé la recette du bonheur. »

Autour de la table, les conversations fusaient :

— J’ai attrapé un rhume à cause de cette maudite brume, se plaignit un matelot en se mouchant dans sa manche. J’éternue si fort que j’ai failli faire tomber le mât hier.

— T’as failli faire tomber le mât en éternuant ? rigola un autre. T’es sûr que c’est pas à cause de ton poids ?

— Au moins, moi, je sais nager ! rétorqua le premier. Toi, la dernière fois que t’as nagé, c’était pour fuir un taureau dans un port espagnol !

Edern leva les mains pour calmer le jeu.

— Assez ! On est des pirates, pas des poètes. Mangez et taisez-vous.

Un silence. Puis :

— …C’est quoi, le truc qui clignote dans ma soupe ? demanda Nils.

Toma haussa les épaules.

— C’est soit un morceau de lard, soit un œil de poisson. À toi de choisir.

La Relaxe : Quand la Veuve des Brumes Devient un Foyer

Après le dîner (et les trois éternuements qui avaient fait trembler la table), Milo prit la barre.

Edern, pour une fois, ne protesta pas. Il s’affala sur un tonneau, une bouteille de rhum à la main, et déclarait :

— Je surveille les étoiles. Enfin… celles que je vois encore.

Dans la cuisine, Toma et Nils rangeaient les bols. Enfin, Toma râlait et Nils essayait de ne rien casser.

— Tu pourrais au moins essuyer les cuillères avant de les ranger ! grogna Toma.

— Elles sont propres ! protesta Nils.

— Elles sont mouillées. C’est pas la même chose.

— …C’est quoi la différence ?

Toma soupira si fort que les voiles frémirent.

— Un jour, moussaillon, tu comprendras que la vie en mer, c’est 10% d’aventure et 90% de vaisselle mal lavée.

Le Tonneau des Menteurs

La nuit était tombée sur la Veuve des Brumes, et avec elle, une brume si épaisse qu’on aurait dit que la mer avait avalé les étoiles. L’équipage, réuni autour d’un tonneau retourné, avait sorti les dés. Enfin… des dés.

Gaspard, le mousse, faisait rouler les siens entre ses doigts avec un sourire en coin.
— Allez, les vieux, on joue ? lança-t-il en les secouant avec un peu trop d’enthousiasme.
— T’as encore tes dés à toi, toi ? grogna Barnabé, un vieux loup de mer dont la barbe blanche aurait pu servir de nid à mouettes. Parce que les miens ont disparu.
— Les miens aussi, ajouta Milo en plissant les yeux. Et c’est étrange, parce que je les avais posés juste là, hier.

Edern, le capitaine, rotait bruyamment avant de s’asseoir en faisant grincer le tonneau.
— Moi, j’ai jamais eu de dés. J’ai que ma chance naturelle. Il tapota sa poche, d’où dépassait une fiole de rhum. Et elle, elle me quitte jamais.

Gaspard lança les dés. Clac-clac-clac.
— 6 ! Encore !
— T’as encore un 6 ?! s’exclama Barnabé. C’est statistiquement impossible !
— C’est la chance du débutant, répondit Gaspard, trop innocent pour être honnête.
Milo attrapa les dés et les examina à la lueur d’une lanterne.
— Attends… Il les tourna entre ses doigts. Ce sont MES dés !
— Tes dés ? répéta Gaspard, soudain très intéressé par ses ongles.
— Oui. Ceux que j’avais perdus. Milo les fit rouler sur la table. Et regardez ça… Il les souffla dessus : une fine couche de cire brillait sous la lumière. Ils sont pipés !
— C’est pas moi ! s’exclama Gaspard, trop vite pour être crédible.
— Bien sûr que c’est toi, grogna Edern. T’as les doigts collants, comme d’hab.

Soudain, Edern trébuche sur un dés tombé par terre. Dans sa chute, il renverse son rhum sur la carte marine de Milo, celle qu’il avait mise trois jours à recopier.
— MA CARTE ! hurla Milo, attrapant le parchemin détrempé.
— C’est de TA faute, capitaine ! rétorqua Edern. T’as encore bu trop.
— J’ai bu exactement ce qu’il fallait ! proteste Edern, le nez rouge. C’est la dose idéale pour un capitaine !

Le chaos s’installe.

Barnabé éternue (le rhume, toujours lui) et fait tomber la lanterne, plongeant la table dans l’obscurité.
— Qui a éteint la lumière ?! beugle Toma depuis la cuisine.
— C’est Barnabé ! crie Gaspard.
— C’est PAS MOI ! répond Barnabé. C’est le vent !
— Y’a PAS DE VENT, BARNabé ! hurle Milo.

Dans le noir, les dés continuent de rouler. Clac. Clac. Clac.
— J’ai encore un 6 ! annonce Gaspard, trop fier.
— JE VAIS TE JETER PAR-DESSUS BORD ! rugit Milo.

L’Issue (ou le Désastre)

Finalement, Edern allume une torche (après avoir cherché ses allumettes dans sa barbe pendant cinq minutes).
— Bon. On arrête les dés, déclare Milo, ramassant les siens. Et toi, Gaspard, tu vas nettoyer la carte.
— Mais… elle est détruite ! gémit le mousse.
— Alors tu vas la reconstruire, répond Milo. À la main. Avec les détails.
— C’est… pire que la vaisselle, murmure Gaspard, horrifié.

Edern, lui, attrape les dés pipés et les jette à la mer.
— Plus de tricherie à bord de MON navire ! déclare-t-il, solennel.
— Mais… c’était mes dés ! proteste Milo.
— T’as qu’à en racheter, répond Edern en haussant les épaules. Ou alors, apprends à les garder.

Silence.
Puis Barnabé éternue à nouveau, et tout le monde éclate de rire.
— Bon, allez, on va boire un coup, propose Toma en sortant une bouteille de rhum. Et cette fois, c’est moi qui triche.

Le Retour des Dés Maudits

Le lendemain matin, l’équipage de la Veuve des Brumes se réveilla avec la gueule de bois, des maux de tête, et une carte marine en miettes. Gaspard, toujours en train de recopier la carte de Milo, grognait en traçant des lignes croches.
— Si je dois encore dessiner un autre récif, je me jette à l’eau, marmonna-t-il.

C’est alors que Milo sort de sa cabine, l’air triomphant, une poignée de dés neufs à la main.
— J’ai récupéré mes dés, annonce-t-il. Et cette fois, ils sont propres.
— Propres ? répète Edern, sceptique. T’as les lavés dans le rhum ?
— Non, dans l’eau de mer, répond Milo. Comme ça, ils sont bénis par Poséidon.
— Poséidon a autre chose à faire que bénir tes dés, ricane Barnabé.

Gaspard, vexe d’avoir été démasqué, attrape les dés et les examine avec méfiance.
— Ils sont pas pipés, ceux-là ?
— Non, répond Milo. Mais si tu veux, on peut les tester.

La Partie Recommence (et tout dérape)

Les dés roulent sur la table. Clac-clac-clac.
— 1 ! annonce Gaspard, déçu.
— 3, dit Milo.
— 5, grogne Barnabé.
— Moi, j’ai un 6, déclare Edern, sourire en coin.
— T’as encore un 6 ?! s’exclame Gaspard. C’est pas possible !
— Si, répond Edern. J’ai la main chanceuse. C’est un don de capitaine.
— Ou alors t’as encore des dés pipés, murmure Milo.

Edern éclate de rire et sort de sa poche… les anciens dés de Milo, ceux qu’il avait jetés à la mer la veille.
— J’ai pêché ça ce matin, avoue-t-il. Ils flottaient près de la coque. Comme un signe.
— Un signe que t’es un voleur ! s’exclame Milo.
— Un signe que la mer m’aime, rétorque Edern, imperturbable.

Le Chaos Final

Barnabé, exaspéré, attrape tous les dés et les jette dans son chapeau.
— Assez ! On joue plus aux dés ! On va pêcher !
— Avec quoi ? demande Toma depuis la cuisine. J’ai plus de filets, ils sont tous en miettes.
— On improvisera ! répond Barnabé. Comme d’hab.

C’est alors que Gaspard trébuche sur le chapeau de Barnabé. Les dés s’éparpillent sur le pont, et roulent vers la mer.
— NON ! hurle Milo, se précipitant pour les rattraper.
— Trop tard, constate Edern, philosophique. La mer a repris ce qui lui appartenait.

Silence.
Puis Toma sort une cuillère en bois et la pose sur la table.
— Bon. On joue à pile ou face ?

La Cuisine de Toma (ou l’Atelier des Catastrophes)

Pendant que l’équipage hurlait, trichait et perdait ses dés sur le pont, Toma Trois-Doigts remuait sa marmite dans la cuisine du bord. La soupe du jour ? “Un mélange surprise de poisson séché, d’algues, et… euh… des trucs que j’ai trouvés dans le placard”, comme il le disait si bien.

Nils, le chroniqueur timide, observait la scène depuis l’entrée, son carnet à la main.
— Toma… commence-t-il, hésitant. Ta soupe… elle bouge encore.
— C’est normal, répond Toma en tournant la cuillère. C’est le poivre. J’en ai mis un peu plus aujourd’hui.
— Un peu plus ? répète Nils, les sourcils levés. Ou un sac entier ?
— Un demi sac, corrige Toma. Et puis, c’est bon pour la santé !

Soudain, la soupe commence à mousser. Puis à frémir. Puis à déborder du chaudron, comme si elle voulait s’échapper.
— Toma… répète Nils, la voix tremblante. Là, c’est pas le poivre.

Toma soupirer et goûte la soupe avec une cuillère en bois.
— Hmm… Il réfléchit, puis hoche la tête. Ah. J’ai peut-être mis un peu de poudre de licorne à la place du sel.
— DE LA POUDRE DE LICORNE ?! s’exclame Nils, les yeux écarquillés.
— Ben oui, répond Toma, comme si c’était évident. J’en avais un peu dans ma poche. Pour les urgences.
— Les urgences ?!
— Oui, tu sais… Toma baisse la voix. Au cas où on croiserait un kraken. Ça les endort.

La Soupe Prend Vie (ou Presque)

La soupe déborde à nouveau, et cette fois, elle commence à ramper sur le plancher, comme une créature vivante.
— Toma, FAIS QUELQUE CHOSE ! crie Nils, reculant contre le mur.
— Quoi ?! répond Toma, paniqué. C’est pas ma faute ! C’est la poudre !
— LA POUDRE QUE TU AS MISE !

La soupe avance vers la porte, laissant une trace visqueuse derrière elle.
— Elle va sortir ! hurle Nils.
— Non, elle va pas sortir, grogne Toma. Elle va juste… euh… prendre l’air.

Trop tard.
La soupe franchit le seuil et dévale le pont, où l’équipage est toujours en train de se disputer pour les dés.

La Rencontre entre la Soupe et les Dés

— QUOI C’EST QUE CE TRUC ?! hurle Barnabé en voyant la flaque avancer.
— C’est la soupe de Toma ! répond Nils, essoufflé. Elle est vivante !
— Vivante ?! répète Edern, les yeux brillants. Enfin un peu d’action !

Milo, toujours rationnel, s’accroupit et touche la soupe avec un bâton.
— C’est… gluant. Et ça sent le poivre.
— ET LA POUDRE DE LICORNE ! ajoute Toma, qui vient de sortir de la cuisine, une cuillère à la main.

Gaspard, toujours malicieux, attrape un dé par terre et le jette dans la soupe.
— Si c’est vivant, ça peut jouer aux dés !

La soupe absorbe le dé. Puis… elle le recrache.
— 6 ! s’exclame Gaspard, ravi. Elle triche aussi !

La Solution (ou pas)

— Bon, assez joué, déclare Edern. On la jette à la mer, cette soupe.
— NON ! hurle Toma. J’ai mis trois heures à la préparer !
— Trois heures pour ça ?! s’exclame Milo.
— Oui ! répond Toma, offensé. Et puis, c’est nutritif !

Finalement, Toma attrape un seau et verse de l’eau de mer sur la soupe.
— Là. Comme ça, elle va se calmer.
La soupe s’arrête de bouger. Mais elle ne disparaît pas.
— Elle est… morte ? demande Nils.
— Non, répond Toma. Elle est juste… endormie.

L’Issue (ou le Nouveau Problème)

L’équipage regarde la flaque de soupe, maintenant immobile mais toujours là.
— Bon, déclare Edern. On va la laisser sécher. Ça fera un joli tapis.
— Un tapis… gluant ? demande Barnabé, sceptique.
— Oui, répond Edern. Et puis, ça sent bon le poivre.

Silence.
Puis Gaspard attrape une cuillère et goûte la soupe.
— C’est… pas mauvais !
— T’as goûté la soupe vivante ?! s’exclame Nils, horrifié.
— Ben oui, répond Gaspard. Si elle est endormie, elle peut pas me faire de mal !

Toma sourit, fier.
— Vous voyez ? Ma soupe, elle plaît !

 Le Premier Éternuement Maudit

La Veuve des Brumes voguaient paisiblement (enfin, aussi paisiblement qu’un bateau avec une soupe vivante et des dés maudits peut le faire). L’équipage, toujours un peu sonné par les événements de la veille, s’était réuni sur le pont pour un repas improvisé (composé principalement de biscuits durs et de rhum).

C’est Barnabé qui éternua le premier.
— ATCHOUM !
Un éternuement si violent que son chapeau s’envola et atterrit dans la mer.
— C’est cette maudite brume, grogna-t-il en reniflant. Elle me donne des frissons.

— Ou alors c’est la soupe de Toma, suggéra Milo, méfiant.
— MA SOUPE N’A RIEN À VOIR AVEC ÇA ! proteste Toma, offensé. C’est nutritif !

Edern, le nez déjà rouge, renifla à son tour.
— Moi, je suis immunisé, déclara-t-il, toussotant discrètement dans sa barbe. Les capitaines n’attrapent pas de rhume.
— T’as le nez qui coule comme une fontaine, remarqua Gaspard, malicieux.
— C’est… la rosée, insiste Edern.

L’Épidémie Frappait

Le lendemain matin, tout l’équipage avait attrapé le rhume. Sauf Toma.
— Pourquoi toi, t’es pas malade ? demanda Nils, le nez bouché, en notant tout dans son carnet.
— Parce que je suis trop fort, répondit Toma, fier. Ou alors c’est parce que je mange ma propre soupe.
— C’est sûrement à cause de ta soupe, murmura Milo.

Les symptômes :

  • Barnabé éternuait si fort qu’il faisait trembler les voiles.

  • Gaspard avait le nez qui coulait comme une rivière, mais refusait d’admettre qu’il était malade.

  • Milo avait la voix enrouée, mais continuait à donner des ordres (même si personne ne les comprenait).

  • Edern niait farouchement être malade, mais toussait dans son rhum en cachette.

La Quarantaine (ou pas)

— On devrait se reposer, suggéra Nils, prudent.
— Non, on est des pirates ! répondit Edern. On ne se repose jamais !
— Sauf quand on est bourré, murmura Barnabé.

Toma, le seul en bonne santé, décida de prendre les choses en main.
— Bon, écoutez-moi tous, déclara-t-il en tapotant une marmite. Je vais vous faire une soupe spéciale pour vous soigner.
— NON ! hurlèrent tous en chœur.

— Pourquoi ?! s’offensa Toma.
— Parce que la dernière fois, ta soupe a bougé toute seule ! rappela Gaspard.
— Et elle a failli nous tuer ! ajouta Milo.

La Solution de Toma (ou comment empirer les choses)

Toma, vexe, décida de prouver que sa cuisine pouvait guérir.
— Bon, alors je vais vous faire un thé !
Il sortit une vieille casserole, y jeta des herbes douteuses, et ajouta un peu de rhum (“pour le goût”).
— Boire ça va nous tuer plus vite que le rhume, grogna Barnabé.

Mais tout le monde but (parce que, avouons-le, ils n’avaient pas le choix).

Le Résultat (ou le Désastre)

Une heure plus tard :

  • Barnabé avait arrêté d’éternuer… mais ronflait comme un phoque.

  • Gaspard avait les joues rouges et riait pour un rien.

  • Milo avait la voix qui lui était revenue… mais parlait en rimes sans s’en rendre compte.

  • Edern avait finis par admettre qu’il était malade… mais accusait toujours la brume.

Seul Nils était toujours enroué, mais il avait arrêté de se plaindre (parce qu’il voyait double).

— Bon, déclara Toma, satisfait. Ça a marché !
— On est pires qu’avant, gémit Milo.
— Mais au moins, on est joyeux ! répondit Toma, rayonnant.

L’Issue (ou la Nouvelle Tradition)

Depuis ce jour, le rhume de la Veuve des Brumes devint légendaire.

  • Barnabé éternuait toujours aussi fort, mais avait appris à tenir son chapeau.

  • Gaspard volait des mouchoirs dans les poches des autres.

  • Milo parlait en rimes pendant une semaine.

  • Edern niait toujours être malade… mais gardait une fiole de thé de Toma dans sa poche.

Et Nils avait ajouté une nouvelle entrée dans son carnet :
« Jour 21 : Le rhume de la Veuve des Brumes est pire que la soupe vivante. Mais au moins, on a arrêté de parler des dés. Pour l’instant. »

Un Bateau à l’Horizon

La brume, plus épaisse que jamais, s’accrochait à la Veuve des Brumes comme une mauvaise odeur. L’équipage, toujours enroué et légèrement ivre (merci, le thé de Toma), fixait l’horizon avec des yeux larmoyants.

— Je vois un bateau ! s’exclama Gaspard, le nez qui coulait encore.
— T’es sûr que c’est pas un mirage ? demanda Barnabé, en éternuant si fort que son chapeau faillit s’envoler à nouveau.
— Non, c’est un bateau, confirma Milo, la voix toujours enrouée mais déterminée. Et il se dirige droit sur nous.

Edern, toujours en déni sur son rhume, souffla dans un mouchoir (qu’il avait emprunté à Gaspard) avant de prendre la barre.
— Bon. On va leur montrer ce qu’on vaut, la Veuve des Brumes !
— On vaut pas grand-chose en ce moment, murmura Toma, en remuant une nouvelle marmite suspecte.

Le Black Mermaid : Un Bateau Trop Parfait

Le navire qui s’approchait était impeccable : coque noire et luisante, voiles blanches et intactes, équipage aligné comme des soldats. À sa proue, une statue de sirène dorée brillait sous le soleil.

— C’est le Black Mermaid… chuchota Milo, les yeux écarquillés. Le bateau du Capitaine Van der Decken.
— Le Capitaine Van der Decken ?! répéta Barnabé, soudain moins enroué. Celui qui a jamais perdu un combat ?!
— Oui. Et qui déteste les bateaux désorganisés, ajouta Milo.

Silence gêné.
L’équipage de la Veuve des Brumes regarda autour d’eux :

  • Les voiles déchirées.
  • Les cordages emmêlés.
  • La tache de soupe séchée sur le pont.
  • Edern, qui venait de renifler bruyamment dans le mouchoir de Gaspard.

— On est fichus, murmura Gaspard.

La Rencontre (ou le Désastre Social)

Le Black Mermaid s’approcha, et le Capitaine Van der Decken, grand, élégant, avec une barbe taillée au millimètre, les observait avec dédain depuis son pont.

— Ahoy, Veuve des Brumes ! lança-t-il, la voix claire et autoritaire. Votre réputation vous précède.
— Ah… euh… bonjour ! répondit Edern, en essayant de se tenir droit (et en éternuant dans sa barbe).
— Votre bateau… est intéressant, continua Van der Decken, un sourcil levé.
— Oui, c’est… euh… un style vintage ! improvisa Milo.

Van der Decken fit un tour d’horizon, son regard s’arrêtant sur :

  1. Toma, qui remuait sa soupe en chantonnant.
  2. Barnabé, qui venait de se moucher dans le drapeau.
  3. Gaspard, qui essayait de cacher les dés pipés derrière son dos.
  4. Nils, qui notait tout dans son carnet, y compris la honte absolue qu’il ressentait.

— Vintage… répéta Van der Decken, sceptique. Ou alors… délabré ?
— Délabré, c’est charmant ! rétorqua Edern, offensé.

L’Inspection (ou l’Humiliation Totale)

Van der Decken décida d’inspecter la Veuve des Brumes. Grosse erreur.

  • Dans la cuisine :
    Toma lui offrit un bol de soupe.
    — Qu’est-ce que c’est ? demanda Van der Decken, méfiant.
    — De la soupe de poisson ! répondit Toma, fier.
    Van der Decken goûta. Son visage se figea.
    — C’est… picant.
    — Oui, j’ai mis un peu de poudre de licorne, expliqua Toma.
    Van der Decken recracha discrètement dans un seau.
  • Sur le pont :
    Barnabé éternua si fort qu’il fit tomber un tonneau, qui roula jusqu’aux pieds de Van der Decken.
    — Désolé ! C’est… euh… le vent !
    Van der Decken regarda le tonneau, puis Barnabé, puis le mouchoir sale que ce dernier tenait à la main.
    — …Le vent.
  • Dans la cale :
    Nils monтра fièrement son carnet à Van der Decken.
    — Voilà, j’ai tout noté ! Les rhumes, la soupe vivante, les dés pipés…
    Van der Decken lut une page au hasard :
    « Jour 22 : Le capitaine a encore nié avoir un rhume. Il a éternué dans sa barbe. »
    — …C’est… détaillé.

Le Jugement (ou la Fuite)

Après l’inspection, Van der Decken rejoignit son équipage, l’air à la fois amusé et horrifié.

— Alors, capitaine ? demanda Edern, tendant l’oreille.
— Votre bateau… commença Van der Decken, choisissant ses mots. …est unique.
— C’est un compliment ! s’exclama Edern, soulagé.
— Non, répondit Van der Decken. C’est une constatation.

Il fit un signe à son équipage, et le Black Mermaid commença à s’éloigner.

— Attendez ! cria Gaspard. On peut pas vous offrir un coup de rhum ?!
Van der Decken s’arrêta net, puis se retourna, l’air horrifié.
— Non. Non, merci.
Et il disparut dans la brume, laissant la Veuve des Brumes seule, honteuse, mais toujours debout.

L’Issue (ou la Fierté Malgré Tout)

— Bon, déclara Edern, après un long silence. On est peut-être pas les plus beaux, mais on est les plus drôles.
— Oui, renchérit Toma. Et ma soupe, elle est mémorable.
— Mémorable… ou mortelle ? murmura Milo.

Gaspard, toujours optimiste, sortit les dés pipés.
— Allez, on joue ?
— NON ! hurlèrent tous en chœur.

Le Black Mermaid venait à peine de disparaître dans la brume que Toma, inspiré par son échec culinaire, décida de redorer le blason de la Veuve des Brumes avec une nouvelle recette : “Le Thé du Pirate Invincible”. Selon lui, ce breuvage guérissait tout : rhume, mal de mer, et même “la tristesse de ne pas avoir de vrai bateau”.

Il jeta dans une marmite :

  • Des herbes séchées (trouvées dans un coin humide de la cale, “probablement comestibles”).
  • Un morceau de gingembre (ou peut-être du bois, personne ne sait).
  • Une pincée de poudre de licorne (“pour le goût”).
  • Et, bien sûr, du rhum (“pour le courage”).

— Goûtez ça ! annonça-t-il, fier, en tendant une tasse fumante à Edern.
Le capitaine prena une gorgée, cligna des yeux, puis sourit bizarrement.
— Hmm… Il regarda sa tasse. J’ai l’impression de voir des licornes dans mon rhum.
— C’est normal, répondit Toma. C’est la poudre.

Barnabé but à son tour. Ses yeux s’écarquillèrent.
— Je… je vois des couleurs !
— C’est le gingembre, expliqua Toma.
— Il n’y a pas de gingembre dans cette marmite, murmura Milo, méfiant.

Gaspard, lui, avala son thé d’un trait… puis se mit à rire aux éclats.
— Je vole ! s’exclama-t-il en agitant les bras comme s’il était un oiseau.
— T’es toujours un mousse, rétorqua Barnabé.

Nils, toujours prudent, trempa juste un doigt dans sa tasse.
— Ça pique.
— C’est puissant ! corrigea Toma.

Résultat :

  • Edern voyait des kraken en peluche et voulait les adopter.
  • Barnabé parlait en rimes sans s’en rendre compte.
  • Gaspard courut sur le pont en hurlant : “Je suis un albatros !”
  • Milo s’assit en silence et regarda son rhum avec une larme à l’œil.
  • Nils nota dans son carnet : “Jour 22 : Le thé de Toma est pire que la soupe. On a tous halluciné. Gaspard croit qu’il peut voler. Edern veut adopter un kraken. Je crois que je vais mourir.”

Toma, satisfait, sirota son propre thé… puis s’endormit sur place.

Morale de l’histoire : Sur la Veuve des Brumes, même les remèdes sont une aventure. 😄

Un Naufragé Très Élégant

La Veuve des Brumes voguait lentement, son équipage toujours sous l’effet du thé de Toma (Edern parlait aux kraken imaginaires, Gaspard essayait de voler, et Milo fixait son rhum comme s’il contenait les réponses de l’univers).

C’est alors qu’un bruit de clapotis attira leur attention.

— Y’a quelqu’un à l’eau ! cria Nils, le seul à avoir gardé ses esprits (enfin, presque).

Un homme nageait vers eux, vêtu d’un gilet de sauvetage en soie (oui, en soie) et d’un chapeau à plume qui flottait derrière lui comme un drapeau de défaite.

— À l’aide ! hurla-t-il, d’une voix trop bien éduquée pour un naufragé. Sauvez-moi de ce… ce cauchemar !

Edern, toujours en pleine hallucination, plissa les yeux.
— C’est un ange !
— Non, c’est un déserteur, corrigea Milo, lucide malgré le thé.

Le Sauvetage (ou le Début des Ennuis)

L’homme grimpa à bord, trempé mais dignes, et s’étrangla en voyant l’état du bateau.

— Mon Dieu… murmura-t-il, horrifié. C’est pire que ce que je fuyais.
— Bienvenue à bord de la Veuve des Brumes ! s’exclama Edern, en lui tendant une tasse de thé de Toma. Boire ça, ça te réchauffera !
— Non, merci, répondit l’homme, reculant. Je viens de quitter un bateau à cause d’un thé. Je ne veux pas recommencer.

Il se présenta :
— Je suis Lucien de Montclair, ancien premier lieutenant du Black Mermaid.
— Ah ! s’exclama Barnabé. Donc t’es un lâcheur !
— Un déserteur ! corrigea Lucien, offensé. Et je préfère ça à rester avec Van der Decken. Ce type est insupportable.
— Pourquoi ? demanda Nils, intrigué.
— Il nettoie son bateau tous les jours, expliqua Lucien, comme si c’était une insulte. Et il interdit les parties de dés !

Silence choqué.
— C’est monstrueux… murmura Gaspard.

L’Intégration (ou le Choc Culturel)

Lucien regarda autour de lui, de plus en plus horrifié :

  • Toma remuait une nouvelle soupe suspecte.
  • Edern discutait avec un kraken imaginaire.
  • Barnabé éternua si fort qu’il fit tomber un mât (enfin, un bout de bois qui servait de mât).
  • Milo essayait de recopier la carte (encore).
  • Gaspard avait toujours les dés pipés dans sa poche.

— …Vous êtes tous fous, déclara Lucien.
— Oui, répondit Edern, fier. Mais on est libres.

Lucien soupira, puis s’assit sur un tonneau (qui grinça dangereusement).
— Bon. Je suppose que je suis coincé ici.
— Bienvenue dans la famille ! s’exclama Toma, en lui tendant un bol de soupe.
Lucien regarda le bol, puis Toma, puis la soupe qui bougeait légèrement.
— …C’est vivant ?
— Non, c’est épicé ! répondit Toma.

Le Premier Test : La Partie de Dés

Pour fêter son arrivée, Gaspard sortit les dés pipés.
— Allez, Lucien ! On joue !
— Je… je ne sais pas, hésita Lucien, mal à l’aise. Sur le Black Mermaid, on avait des règles.
— Ici, la seule règle, c’est pas de règles ! répondit Edern.

Lucien pris les dés, les examina, puis lança.
— 1.
— T’as perdu ! s’exclama Gaspard, ravi.
— C’est impossible ! s’exclama Lucien. Ces dés sont pipés !
— Oui, répondit Gaspard, souriant. Mais c’est notre tradition.

Lucien regarda l’équipage, puis soupira.
— Bon. Je reste.

L’Erreur Fatale

Lucien, toujours un peu choqué par son nouveau environnement, cherchait désespérément quelque chose de normal à bord de la Veuve des Brumes. Il tomba sur une tasse abandonnée près du tonneau où il s’était assis.

— Enfin, un peu de thé, murmura-t-il, soulagé. Peut-être que ce bateau a quelque chose de civilisé.

Il porta la tasse à ses lèvres et but une gorgée.

Silence.

Puis, ses yeux s’écarquillèrent.

— C’est… Il regarda la tasse, puis Toma, qui remuait sa soupe en sifflotant. …Qu’est-ce que c’est que ça ?!

Toma sourit, fier.
— Ah ! Tu as goûté mon Thé du Pirate Invincible !
— C’est immondement fort ! s’exclama Lucien, la voix déjà pâteuse.
— Oui, c’est puissant ! répondit Toma.

La Transformation de Lucien

Quelques minutes plus tard :

Lucien fixait ses mains, les yeux écarquillés.
— Je… je sens mes doigts ! s’exclama-t-il, paniqué. Ils sont… trop nombreux !
— Non, t’as toujours cinq doigts, répondit Gaspard, en comptant sur ses propres mains. Enfin, normalement.

Lucien se leva d’un bond (ou essaya).
— Le bateau bouge !
— Oui, c’est normal, répondit Edern, en riant. On est sur l’eau.
— Non, je veux dire… il danse ! Lucien ferma les yeux, puis les rouvrit. Et il chante !

En effet, la Veuve des Brumes semblait osciller au rythme d’une musique imaginaire. Lucien se mit à rire, puis à pleurer, puis à rire à nouveau.

— Je comprends tout, maintenant ! s’exclama-t-il, les bras en l’air. La vie, l’univers, le sens de la piraterie…
— Ah, tu as atteint le niveau 2 du thé, expliqua Toma, satisfait. Le niveau 1, c’est quand tu vois des licornes. Le niveau 2, c’est quand tu deviens une licorne.

Lucien regarda ses mains, puis se mit à quatre pattes et tenta de galoper.
— Je SUIS une licorne ! hurla-t-il, ravi.

L’Intervention (Trop Tardive) de Milo

Milo, toujours le plus lucide (enfin, à peine), courut vers Lucien avec une gourde d’eau.
— Boire ça ! Vite !
— Pourquoi ?! demanda Lucien, méfiant. C’est pas encore un de vos mélanges maudits ?!
— Non, c’est de l’eau ! répondit Milo. Enfin… probablement.

Lucien but une gorgée, puis recracha.
— C’est salé !
— Oui, c’est de l’eau de mer, expliqua Milo, désolé. On a plus d’eau douce.

Lucien s’assit par terre, défait.
— Je suis perdu
— Bienvenue dans l’équipage, répondit Edern, en lui tapotant l’épaule.

La Nouvelle Réalité de Lucien

Une heure plus tard, Lucien était assis avec les autres, un bol de soupe devant lui (qu’il n’osait pas toucher).

— Alors, Lucien, demanda Barnabé, toujours enroué. T’es content d’être ici ?
— Je… Lucien regarda autour de lui : Edern discutait avec un kraken imaginaire, Gaspard essayait de lancer des dés avec ses pieds, et Toma remuait sa soupe en chantant une chanson sur les licornes. …Oui. Je crois.

Il prena une cuillère, trempa dans la soupe, puis la goûta.
— C’est… Il réfléchit. …Pas pire que le thé.

Tout le monde éclata de rire.

Le matin se leva sur la Veuve des Brumes avec une brume si épaisse qu’on aurait pu la couper au couteau. Edern se réveilla en grognant, la tête lourde et la fiole de rhum vide à côté de lui.

Edern (la voix rauque) :
“On a plus de rhum.”

Un silence pesant s’installa sur le pont. Même les mouettes semblaient choquées.

Milo (les yeux écarquillés) :
“C’est impossible. On en avait au moins trois tonneaux !”

Toma (gêné, en remuant une marmite douteuse) :
“J’en ai peut-être utilisé un peu pour la soupe…”

Edern et Barnabé (en chœur, hurlant) :
“UN PEU ?!”

Gaspard, toujours optimiste, fouilla les cales et revint, déçu :
“Y’a plus rien. Même pas une goutte.”

Edern, après un long silence, déclara, la voix tremblante :
“Bon. On va devoir faire une journée sans rhum.”

Barnabé s’évanouit sur place.

La traversée fut un vrai calvaire. Sans rhum, l’équipage de la Veuve des Brumes n’était plus que l’ombre de lui-même.

Edern hurlait des ordres contradictoires :
“Tournez à bâbord ! Non, à tribord ! Non, attendez, je sais plus !”
Puis il se mit à pleurer en regardant l’horizon :
“C’est trop dur… Je veux mon rhum…”
Enfin, il tenta de négocier avec les mouettes :
“Si vous me trouvez du rhum, je vous donne mon chapeau !”

Milo, lui, recopiait la carte pour la centième fois, ajoutant des îles imaginaires. Il parlait tout seul :
“Pourquoi on a pas de rhum ? Pourquoi ?!”
Et il eut des hallucinations :
“Là ! Je vois du rhum ! Non, c’est juste Toma…”

Toma, imperturbable, cuisinait une soupe encore plus étrange que d’habitude, avec des algues, du vinaigre et un clou.
“Le rhum, c’est pas bon pour la santé !”
Ce qui fit éclater de rire Gaspard.

Gaspard, lui, jouait aux dés tout seul et trichait contre lui-même. Il essaya aussi de voler le rhum des autres, mais il n’y en avait plus.

Lucien, toujours élégant malgré tout, regrettait amèrement d’avoir quitté le Black Mermaid. Il proposa, timidement :
“On pourrait… euh… boire de l’eau ?”
Ce qui lui valut des regards horrifiés.

Nils, lui, notait tout dans son carnet :
“Jour 23 : Sans rhum, Edern pleure. Milo hallucine. Toma cuisine des trucs immondes. Gaspard triche contre lui-même. Lucien veut mourir. Moi aussi.”

Pour se ravitailler, l’équipage décida de faire escale à Port-Malheur, un repaire de pirates et de marchands douteux.

Lucien (méfiant) :
“Pourquoi on s’arrête ici ?”

Edern (les yeux brillants d’espoir) :
“Parce que c’est le seul endroit où on peut trouver du rhum.”

La recherche du rhum tourna au désastre.

Edern et Barnabé allèrent négocier avec un marchand, qui leur proposa du rhum contre leur bateau.
Le marchand (ricanant) :
“Non, merci. On préfère mourir.” “C’est ce que vous allez faire sans rhum.”

Milo et Gaspard tentèrent de voler un tonneau dans une taverne, mais se firent prendre par le barman, un géant avec un crochet.
Le barman (grognon) :
“Vous voulez du rhum ? Travaillez pour moi !” Gaspard (indigné) :
“On est des pirates, pas des serveurs !” Le barman :
“Aujourd’hui, si.”

Résultat : ils durent laver la vaisselle pendant deux heures et cassèrent trois verres.

Toma essaya de troquer sa soupe contre du rhum.
Un marin :
“Personne ne veut ta soupe, Toma.” Toma (fier) :
“Mais elle est nutritive !” Le marin :
“Elle est morte. Elle a tué un rat hier.”

Lucien tenta de trouver un bateau propre pour fuir, mais tous les capitaines le reconnaissaient comme déserteur du Black Mermaid et refusaient de l’embarquer.
Un capitaine :
“Vous êtes maudit !” Lucien (soupirant) :
“Non, je suis juste malchanceux…”

Nils resta sur le bateau pour noter les événements, mais un goéland lui vola son carnet.

Après trois heures de recherche infructueuse, l’équipage se retrouva dans une taverne sordide, démoralisé.

Edern (le regard vide) :
“On est fichus…”

Gaspard (les yeux brillants) :
“Non, attendez ! J’ai une idée !”
Il sortit une pièce d’or, volée à Lucien pendant qu’il dormait.
“On peut acheter une bouteille !”

Milo (gémissant) :
“Une bouteille pour six ?!”

Gaspard :
“Mieux que rien !”

Ils achetèrent une bouteille et la partagèrent. Enfin, Edern en but la moitié.

De retour sur la Veuve des Brumes, l’équipage retrouva un peu ses esprits.

Edern chanta une chanson de pirate (fausse).
Milo recommença à râler, mais avec le sourire.
Toma cuisina une soupe un peu moins dangereuse.
Gaspard perdit ses dés, encore.
Lucien jura de ne plus jamais boire de rhum. (Il tiendra deux jours.)
Nils retrouva son carnet, mais le goéland avait écrit dessus.

La nuit était noire comme l’âme d’un pirate en manque de rhum. Pas une étoile, pas un souffle de vent, juste le grincement sinistre de la coque de la Veuve des Brumes, qui semblait gémir sous le poids de ses propres défauts.

Edern, adossé à la barre, fixait l’horizon avec un air de défis mal placé.
“On dirait que la mer nous observe. Comme si elle attendait quelque chose.”

Milo, les cartes à la main, plissa les yeux.
“Ou alors c’est juste qu’il n’y a aucune étoile. Même pas une pour se guider.” “C’est normal”, grogna Barnabé, en éternuant si fort que son chapeau faillit s’envoler. “C’est la faute à la brume. Elle bouffe la lumière.”

Toma, en train de remuer une marmite de soupe suspecte (encore), leva les yeux vers le ciel.
“Moi, je dis que c’est un mauvais présage. Ou alors c’est juste que j’ai mis trop de poivre dans la soupe, et que maintenant la nuit a peur de nous.”

Gaspard, assis sur un tonneau, lança un dé (toujours pipé) en l’air.
“Moi, je dis qu’on devrait jouer aux dés pour passer le temps !” “On a déjà essayé”, soupira Nils, son carnet à la main. “Jour 24 : La nuit est noire. Edern a peur du noir. Toma a mis trop de poivre. Gaspard triche. Lucien regrette sa vie.”

Lucien, toujours élégant malgré son désespoir, ajusta son gilet en soie (taché de soupe).
“Sur le Black Mermaid, on avait des lanternes. Et des cartes. Et un capitaine qui savait où il allait.” “Ici, on a du rhum”, répondit Edern, en sortant une fiole (presque vide). “C’est mieux.”

La Tempête Annoncée

Soudain, un coup de vent fit trembler les voiles. Puis un autre. Et un autre.

Milo (nerveux) :
“On dirait que la tempête arrive.”

Edern (souriant) :
“Enfin un peu d’action !”

Barnabé (paniqué) :
“On va tous mourir !”

Toma (calme) :
“Moi, je dis qu’on devrait manger avant. Au cas où.”

La tempête éclata avec une violence qui fit trembler le bateau. Les vagues frappaient la coque, le vent hurlait, et la pluie tombait comme si le ciel voulait noyer la Veuve des Brumes une bonne fois pour toutes.

Edern (criant par-dessus le vent) :
“Tenez bon, les gars ! On va passer au travers !” “On va couler !” hurla Barnabé, en s’accrochant à un mât (qui grinçait dangereusement).

Milo (essayant de garder son calme) :
“Il faut réduire les voiles !” “Quelles voiles ?!” répondit Gaspard, en montrant les lambeaux qui pendouillaient.

Toma (toujours pragmatique) :
“Moi, je vais chercher ma soupe. Au moins, on mourra le ventre plein.”

Lucien (fermant les yeux) :
“Je vais mourir sur un bateau de fous. C’est pire que le Black Mermaid.”

Nils (notant tout) :
“Jour 24 (suite) : La tempête est là. Edern crie. Barnabé pleure. Toma mange. Gaspard rit. Lucien prie. Moi, je note.”

Le Chaos à Bord

La tempête s’intensifia. Une vague géante s’écrasa sur le pont, emportant les dés de Gaspard, le chapeau de Barnabé, et la dernière fiole de rhum d’Edern.

Edern (dévasté) :
“NON ! PAS LE RHUM !”

Gaspard (désespéré) :
“Mes dés !”

Barnabé (en larmes) :
“Mon chapeau !”

Toma (toujours calme) :
“Bon, ben… on a plus qu’à attendre que ça passe.”

Lucien (sarcastique) :
“Super plan.”

Alors qu’une vague gigantesque s’écrasait sur le pont, projetant tout l’équipage dans une confusion totale, Nils s’agrippa au bastingage pour ne pas être emporté.

Un éclair déchira le ciel.

Pendant une fraction de seconde, la mer s’illumina.

Et Nils crut apercevoir quelque chose.

Une forme immense.

Sous la surface.

Bien plus grande que la Veuve des Brumes.

Elle semblait glisser silencieusement entre les vagues, suivant le navire malgré la tempête.

Nils cligna des yeux.

L’obscurité revint.

Puis un nouvel éclair éclata.

Il n’y avait plus rien.

Seulement la mer déchaînée.

Le jeune chroniqueur resta immobile quelques instants, le cœur battant.

— Nils ! hurla Milo. Si tu comptes mourir, fais-le après la tempête !

— J’arrive ! répondit-il en sursautant.

Plus tard, lorsqu’il ouvrit son carnet pour consigner les événements de la nuit, sa plume resta suspendue au-dessus du papier.

Il hésita.

Puis écrivit simplement :

« Jour 24 : Tempête. Beaucoup de pluie. Barnabé a perdu son chapeau. »

Et pour la première fois depuis qu’il tenait son journal, il décida volontairement de ne pas tout raconter.

La Tempête Passe (et Laisse des Traces)

Au petit matin, la tempête s’était calmée. Le ciel était dégagé, mais la Veuve des Brumes était dans un état pitoyable : les voiles en lambeaux, le pont inondé, et l’équipage épuisé.

Edern (regardant l’horizon) :
“Bon. On est toujours en vie.”

Milo (séchant ses cartes) :
“On a perdu la moitié de nos affaires.”

Barnabé (cherchant son chapeau) :
“J’ai perdu mon chapeau.”

Gaspard (fouillant dans l’eau) :
“J’ai perdu mes dés.”

Toma (remuant sa marmite) :
“Moi, j’ai toujours ma soupe.”

Lucien (soupirant) :
“Je suis toujours en vie. C’est déjà ça.”

Nils (notant) :
“Jour 25 : La tempête est passée. On est toujours en vie. Edern a perdu son rhum. Barnabé a perdu son chapeau. Gaspard a perdu ses dés. Toma a toujours sa soupe. Lucien est toujours en vie. Moi aussi.”

La mer était calme ce matin-là, trop calme. L’équipage de la Veuve des Brumes avait décidé de pêcher pour le dîner, une tâche qui, d’ordinaire, était aussi simple que de voler le chapeau de Barnabé. Mais aujourd’hui, quelque chose clochait.

Edern avait lancé sa ligne le premier, avec sa technique habituelle : crier des insultes à la mer en espérant que les poissons, vexés, viendraient se venger en se faisant attraper. Rien. Pas même un vieux soulier, comme d’habitude.

Milo, plus méthodique, avait sorti ses cartes marines et une canne à pêche empruntée à un port précédent. Il avait même calculé les marées, les courants, et le sens du vent. Toujours rien.

Barnabé, qui avait tenté sa chance avec un filet troué (parce que, selon lui, “les poissons aiment les défis”), ne remonta que des algues et un bout de bois en forme de L. “C’est un signe !” avait-il déclaré. “Un signe qu’on va tous mourir.”

Gaspard, lui, avait essayé de pêcher avec un seau et une cuillère en bois. “C’est comme ça que mon oncle le faisait !” avait-il expliqué. Le seau était toujours vide, mais il refusait d’admettre que son oncle était peut-être un menteur.

Même Toma, qui d’ordinaire ne s’inquiétait de rien (pas même quand sa soupe bougeait toute seule), frissonnait en regardant l’eau. “C’est pas normal”, murmura-t-il en remuant une marmite où flottait quelque chose de suspectement vert. “Même les poissons ont peur de ma cuisine, mais là… c’est trop.”

Lucien, toujours élégant malgré le désespoir ambiant, ajusta son gilet en soie et soupira. “Sur le Black Mermaid, on attrapait au moins des sardines. Là, on n’attrape même pas des rumeurs de poissons.”

Nils, son carnet à la main, nota discrètement :
“Jour 28 : Plus de poissons. Edern insulte la mer. Milo calcule tout. Barnabé voit des signes partout. Gaspard croit son oncle. Toma s’inquiète. Lucien regrette tout. Moi, je note. Et la mer est trop calme.”

C’est alors que quelque chose bougea sous l’eau. Une ombre, rapide, trop grosse pour être un poisson. Puis un clapotis sourd, comme si quelque chose de lourd avait frôlé la coque.

Edern (les yeux plissés) :
“Vous avez vu ça ?”

Milo (nerveux) :
“Voir quoi ?”

Barnabé (chuchotant) :
“C’est le kraken. Il a mangé tous les poissons.”

Gaspard (excité) :
“Ou alors c’est un trésor !”

Toma (toujours pragmatique) :
“Ou alors c’est mon estomac. J’ai mangé la chaussette hier aussi.”

Lucien (sarcastique) :
“On va tous mourir à cause d’une chaussette.”

Et la mer restait silencieuse, comme si elle retenait son souffle.

Extrait du carnet de Nils

” Jour 28.

Plus de poissons.

Plus de rires sur le pont.

Même Toma regarde parfois la mer sans remuer sa soupe.

Je crois que quelque chose nous suit.

Et cette fois, je ne pense pas que ce soit dans ma tête.” 

Fin du Tome I — La Veuve des Brumes

Les archives du bord s’interrompent ici pendant quelques jours.

Certains prétendent que l’équipage préparait une expédition.

D’autres affirment qu’ils cherchaient simplement du poisson.

La vérité est probablement plus compliquée.

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